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Suisse : Christian Marclay

 

Christian Marclay s'occupe de phonogrammes. C'est-à-dire que l'œuvre créée peut aussi bien être un phonogramme que faire appel à des phonogrammes. Il a installé pour la première fois, en 1987, des disques en vinyle sur le sol de la Tour de l'horloge à New York. Cinq années plus tard, il a étalé 14 000 disques compacts rutilants à l'envers sur le sol du Musée des beaux-arts de Jérusalem. Pour l'exposition Le Temps, vite, exposition présentée au Centre Pompidou à Paris en janvier 2000, Marclay a réuni quelques-unes de ses œuvres sculptées : Endless Column (1988), pile de microsillons malicieusement agencés, au contraire de l'œuvre homonyme de Constantin Brancusi ; The Beatles (1989), coussin houssé d'une bande sonore crochetée de tous les enregistrements du fabuleux quatuor ; et Mœbius Loop (1994), énorme ruban de cassettes audio assemblées en une sinueuse bande d'insupportables sons enregistrés. À Brice Curiger, il confiait dernièrement : " La musique est un matériau. La technologie l'a transformée en objet, et une grande partie de mon travail porte sur cet objet autant que sur la musique. […] On ne pense pas nécessairement à la musique en tant que réalité tangible, mais elle a des manifestations tangibles. Ce peut être aussi une illustration, un tableau, un dessin. " (Brice Curiger, Arranged and Conducted by Christian Marclay, Zurich, Kunsthaus Zürich, 1997, p. 56) Ou encore plus succintement : " Je veux que mon œuvre porte sur le sonore, mais il ne doit pas nécessairement avoir rapport à la musique. " (Brice Curiger, Arranged and Conducted by Christian Marclay, Zurich, Kunsthaus Zürich, 1997, p. 58)

Californien de naissance, Marclay a grandi à Genève et y a étudié les beaux-arts. Il s'est initié à la " scène " par l'intermédiaire de John Armleder et le groupe Écart, très proche de Fluxus. De retour aux États-Unis en 1977, il explore systématiquement un espace au confluent du son et de l'image. Le temps occupe dans son œuvre une place centrale, mais c'est un temps réfléchi, remémoré, une mesure et un repère qui ne parle pas seulement de mémoire. Il travaille souvent des objets trouvés et des supports périmés dont il tire de nouvelles et insolites formes. Comme le fait observer Russell Ferguson :

" L'idée de l'abandon et de recyclage est un thème puissant chez Marclay. Ses sculptures et ses collages sont souvent faits de rebuts d'audibilité enregistrée et transmise : appareils téléphoniques hors d'usage, enceintes acoustiques, cassettes, pochettes d'albums et, il va sans dire, disques récupérés au bord de l'obsolescence à laquelle la plupart des gens les ont déjà condamnés. Ses photogrammes de disques brisés et très certainement toutes ses œuvres faisant appel à ce matériau révèlent l'attention au démodé, à l'évanescent. " (Russell Furguson, " The Sound of Silence ", Christian Marclay / Amplification, Venise, Biennale di Venezia 1995 / Svizzera / Chiesa di San Stae, p. 17-18)

 

L'œuvre de Christian Marclay est extraordinairement inventive, ce qui n'interdit nullement un certain caractère de contemplation. Comme le rappelle Ferguson :

" La musique est toujours dans le présent ; ses auditeurs l'écoutent chaque fois comme si c'était la première. Ce trait essentiel de la musique en fait aussi historiquement le plus transitoire de tous les arts. Avant Edison, la musique cessait d'être sitôt faite et, partant, symbolisait la vie humaine. C'est d'ailleurs pour cela que les vanités donnaient souvent à voir des instruments de musique, parfois avec une corde cassée. " (Russell Furguson, " The Sound of Silence ", Christian Marclay / Amplification, Venise, Biennale di Venezia 1995 / Svizzera / Chiesa di San Stae, p. 19)

 

Pourtant, les performances improvisées de Marclay en son direct vibrent d'énergie avec leurs mixages de disques modifiés sur platines multiples. Il précède les disques-jockeys contemporains de plusieurs années. À lui de faire remarquer :

" La musique est une expérience populaire, à laquelle tous peuvent communier. Elle est beaucoup plus populaire que la peinture. Quoi qu'il en soit, dans une performance, le spectateur a le producteur de sons sous les yeux. Dans mon œuvre, je me mesure constamment à la contradiction entre la réalité tangible de l'objet d'art en tant qu'objet et son intangibilité potentielle. D'une certaine façon, l'intangibilité est l'état parfait, la résultante naturelle de l'éphémère. En musique, cet aspect de l'intangibilité est très libérateur. L'idéal serait que j'exerce un art invisible. […] " (Brice Curiger, Arranged and Conducted by Christian Marclay, Zurich, Kunsthaus Zürich, 1997, p. 58, 56)

 

Photographies, objets, installations inattendues de sons et d'images, renversements, cinéma, fragments de pellicule montée, implications et influence des médias, avec Christian Marclay, le reproductible défie toutes les attentes.

 

Peggy Gale

 

 

 

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