BOUCHRA HANNA OUATIK
Mention spéciale
Niveau secondaire 4 et 5, programme régulier
École Sophie-Barat
Professeur : Patrice Gagnon


 

Les lauréats de la 5e édition

RUBEN BASTIEN     
MAROUSSIA LÉVESQUE     
SAMI PIERRE MOUBAYED     
BOUCHRA HANNA OUATIK     
AMY SHAPIRO     

PROJET D'UNE NON-RÉVOLUTION

PROJECT FOR A REVOLUTION, Photo : John Londono


Vue d'installation de l'exposition PROJECTS FOR A REVOLUTION, du commissaire Jan-Erik Lundström, présentée au Marché Bonsecours (à gauche, extraits de la série Disagreement de Martin Sjöberg; à droite, extrait de la vidéo PROJECT FOR A REVOLUTION, de Johanna Billing)
Photo : John Londono

 

Pouvez-vous imaginer être prisonnier d'un moment dans le temps qui se répète inlassablement, sans vous mener nulle part ? Cela ne se peut pas, me direz-vous. Cependant, il est possible que ce soit ce que l'on vit tous présentement. C'est en tout cas le point de vue de la suédoise Johanna Billing, la réalisatrice de Project for a Revolution, un film dans lequel une séquence de quelques minutes recommence à l'infini, sans que l'on puisse en saisir le début ni la fin. Présentée dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal, sous le thème du pouvoir de l'image, Project for a Revolution est l'œuvre qui m'a le plus intriguée et m'a amenée à me questionner sur ce que l'auteure a voulu nous faire comprendre. Dans un premier lieu, je vous ferai voir cette œuvre en détail, puis je vous ferai part de l'interprétation que j'en ai faite.

Une fois pénétré à l'intérieur de la salle où sont exposées toutes les œuvres, on aperçoit tout de suite Project for a Revolution, projeté sur un grand mur blanc. Sur l'écran, on voit une grande salle entièrement blanche qui contient, entre autres, de nombreuses tables et chaises placées en désordre, ainsi qu'une photocopieuse et une cafetière. Cette salle est située à l'intérieur d'un édifice en pierre, dont on ignore la vocation. Dans cette salle se trouvent des gens, dans la vingtaine pour la plupart, mais de styles tous très différents. Certains sont debouts, les autres assis soit sur les chaises, sur les tables, sur le rebord des fenêtres ou par terre, appuyés contre le mur. Ils sont tous là, dans la même salle, probablement en train d'attendre quelque chose, et ils se regardent les uns les autres, mais sans s'adresser la parole. Si l'on observe ces visages de plus près, on remarque sur certains de la nervosité, de l'inquiétude, de l'exaspération ou de l'ennui, tandis que d'autres sont absorbés par leur réflexion. Cependant, tous restent là à attendre, sans rien faire. Tout au long de la séquence vidéo, la caméra fait le tour de cette salle, faisant parfois des gros plans sur certaines personnes ou sur certains détails, d'autres fois, offrant une vue d'ensemble. On remarque à un certain moment qu'une femme est assise avec, sur ses genoux, un jeune enfant qui lit un livre et la jeune femme assise à côté d'elle observe l'enfant avec attendrissement. À un autre moment, une femme se lève pour aller se chercher un verre de café. Quelques-uns se rongent les ongles ou mâchent de la gomme et on voit aussi une femme fouiller dans son sac à main. Leur silence n'est perturbé que par le bruit de leur respiration ou de temps en temps, quelques toussotements. Puis, la caméra nous montre que la photocopieuse imprime des pages qui sont entièrement blanches. Soudain, on voit un jeune homme pénétrer dans l'immeuble et rentrer dans la salle en courant. Les autres le regardent sans rien dire et certains sourient en le voyant. Quelques instants plus tard, ce jeune homme ressort de l'édifice, tout aussi pressé. Puis les mêmes gens qui attendent dans la salle et un seul homme qui y entre et en ressort rapidement, sans que cela ne nous mène nulle part.

Maintenant, qu'est-ce que Johanna Billing a bien pu vouloir nous faire comprendre en réalisant une telle œuvre et surtout en lui donnant un titre aussi inapproprié que Project for a Revolution puisque aucune révolution n'a lieu ? À mon avis, l'auteure a utilisé ce titre de manière un peu sarcastique, mais aussi pour nous inciter à faire cette révolution qui ne se produit pas. Je crois que ce film est en quelque sorte une critique de la société actuelle, plus précisément des jeunes. Johanna Billing veut nous faire réaliser que, contrairement aux jeunes des années 1960 et 1970, qui se révoltaient et posaient des gestes concrets pour faire évoluer la société, les jeunes de nos jours n'ont plus de rêves, plus d'ambitions, plus de projets. Ils ne savent plus quoi faire alors ils attendent que tout s'arrange tout seul, mais en vain. Au lieu de se révolter comme les générations précédentes, ils se retrouvent de plus en plus nombreux au chômage et vivant de l'aide sociale. C'est, selon moi, ce que Johanna Billing a voulu démontrer en nous montrant tous ces gens qui paraissent condamnés à attendre quelque chose qui ne viendra jamais et sans rien faire. D'ailleurs, la jeune femme qui regarde l'enfant qui lit, tout heureux, semble l'envier d'être encore si jeune et d'avoir toute la vie devant lui pour agir. Cependant, le jeune homme qui rentre et ressort de la salle, en ayant l'air de savoir ce qu'il fait et où il va, fait exception à la situation des autres et prouve qu'il y a encore une minorité de gens qui ont des projets et qui agissent. Aussi, l'absence de paroles dans ce film nous montre qu'il n'y a plus de communication entre les gens. Tout le monde se côtoie mais les gens sont de plus en plus individualistes. La salle entièrement blanche et les pages également blanches qui sortent de l'imprimante nous démontrent que la vie est devenue vide, que les gens n'ont plus d'idées ni d'inspiration. Ils veulent arriver à quelque chose, mais ne savent pas comment s'y prendre alors ils ne font rien. Aussi, en voyant une courte séquence qui se répète à l'infini, on sent que la vie est devenue ennuyante et que l'on est prisonnier de la routine.

En résumé, Project for a Revolution permet de nous faire comprendre beaucoup de choses par le simple pouvoir des images. Sans utiliser aucun dialogue, Johanna Billing a dressé, à sa façon, un portrait de la société actuelle, car ce film ne représente pas simplement quelques minutes dans le temps, mais c'est une métaphore de notre vie de tous les jours. Dans ce film, chaque détail a son importance et sa signification, que ce soit le choix de la couleur blanche, la photocopieuse qui imprime des pages vides, les gestes et les attitudes des gens et surtout la diffusion en boucle des mêmes images. En observant attentivement et en réfléchissant à cette œuvre, on réalise donc qu'on se trouve face à une impasse et qu'il faut agir si l'on veut s'en sortir.


 

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