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Chuck Samuels



 Before the camera / Devant l'objectif
October 5 - November 24, 1996
11th edition of the Cent jours d'art contemporain de Montréal

Interview with Chuck Samuels by Sylvie Parent (June 1996) :

We are sorry, there is no english version of the following text.

Sylvie Parent: Dans Before the Camera, vous reconstituez 12 photographies de nus féminins réalisées originalement par des photographes masculins célèbres. Vos mises en scène respectent minutieusement celles des images initiales, mais vous vous substituez au modèle. L'aspect le plus critique de ce travail serait-il de faire sentir au spectateur comment les rôles sexuels se définissent dans ces photographies, en les inversant?

Chuck Samuels: Oui. Dans mon travail, j'essaie de montrer comment les systèmes fonctionnent. Avec Before the Camera, je me suis intéressé à la question du voyeurisme lié à l'image photographique. Je voulais, avec cette série, être un saboteur du voyeurisme. Il y a un plaisir à être voyeur mais, en même temps, on peut ressentir un inconfort de se savoir voyeur. Je voulais mettre les gens en position de voyeurs, de pouvoir, et les rendre conscients qu'ils sont des voyeurs.

S.P.: Comment avez-vous vécu ce passage du rôle masculin du photographe, du voyeur, à celui, féminin, de l'objet du regard?

C.S.: Une des photographes avec qui j'ai travaillé commençait à prendre plaisir à me dicter la façon de poser d'une manière assez autoritaire. Évidemment, je n'aimais pas ça pour des raisons faciles à imaginer. Mais, d'une façon générale, même si une femme me photographiait et que les rôles étaient inversés, je me trouvais aussi des deux côtés de la caméra parce que je décidais de tout. Je ne peux donc pas comprendre véritablement ce que cette expérience représentait pour les modèles féminins.

S.P.: Qu'avez-vous ressenti en vous prêtant à ces mises en scène, en jouant le rôle de ces femmes?

C.S.: Ce que j'ai appris en reprenant ces poses, c'est que la plupart des positions étaient très douloureuses. Je me suis rendu compte qu'une des raisons pour lesquelles ces images touchaient les gens, était, peut-être, que ces positions n'étaient pas naturelles du tout. Mais j'étais prêt à tout, sauf peut-être à refaire le Avedon. Toute ma vie, j'ai eu peur des serpents, mais le serpent s'est révélé exactement le contraire de que j'imaginais. Je me suis quand même assuré qu'il avait été nourri avant la prise de vue, qu'il pouvait faire la différence entre des organes génitaux et une souris...

S.P.: Comment les photographies que vous imitez ont-elles été identifiées? Qu'ont ces images en commun, quels étaient vos critères de sélection?

C.S.: J'ai choisi une douzaine d'images qui m'avaient frappé, qui avaient surgi rapidement de ma mémoire au souvenir de mon apprentissage de l'histoire de la photographie. Je me suis arrêté à 12 parce que cela me paraissait un nombre suffisant pour faire passer l'idée.

S.P.: Vous livrez-vous à une forme d'hommage aux photographes dont vous reprenez le travail ou, au contraire, cette appropriation cherche-t-elle à contester le pouvoir initial de l'auteur, à briser à jamais notre façon de voir les photographies originales?

C.S.: Mon attitude peut être qualifiée de «parodie respectueuse». Je n'attaque pas les photographes en soi; je critique le genre de photographies. Je veux déranger les spectateurs.

S.P.: Comment croyez-vous y arriver?

C.S.: Le travail fonctionne au niveau de la mémoire. Les oeuvres produisent un malaise. Le spectateur se rend compte que quelque chose est étrange. Même s'il ne comprend pas, il peut, dans un an, deux ans, arriver en face d'un des originaux, et à ce moment-là une réaction se produira. J'aurai alors planté une idée dans la mémoire des gens. Ce qui est amusant, c'est qu'après avoir vu cette série, il est difficile de regarder les originaux sans penser à mes oeuvres.

S.P.: Est-il essentiel de reconnaître les références historiques pour comprendre votre intervention?

C.S.: J'ai fait le Avedon parce que c'est une image qui appartient à la fois à l'imagerie populaire et à l'histoire de la photographie. C'est un moyen de rejoindre les gens qui ne connaîtraient pas l'histoire de la photographie. Un des aspects importants de mon travail est qu'il est accessible.

S.P.: Quelles sont les réactions des spectateurs?

C.S.: Il arrive que les gens rient en face de mes oeuvres. J'en suis très content. Je pense alors qu'elles fonctionnent.

S.P.: La valeur érotique de certaines images tient-elle toujours après la substitution du modèle?

C.S.: Je le crois. Plusieurs pensent que mon travail est homoérotique; leur réaction peut alors être positive s'ils sont homosexuels ou négative s'ils sont homophobes. Certaines femmes trouveront ces photographies hétéroérotiques. J'ai voulu faire une re-création des images originales la plus exacte possible, mais aussi les reprendre dans le même esprit. Si les originaux étaient érotiques et que le public trouve mes images érotiques alors j'ai réussi.

S.P.: La qualité de la reconstitution est certes très importante pour garantir les effets. En regardant cet ensemble on a aussi l'impression d'assister à une exposition thématique, à une petite histoire du nu féminin photographié.

C.S.: J'essaie effectivement de faire une installation muséologique. J'ajoute des cartons d'identification comme si c'était une exposition muséale. Je respecte les formats et les cadres des originaux. Un conservateur s'est même déjà fait prendre au piège, pour un moment. Plus authentiques sont la reconstitution et la présentation plus efficace sera la critique. Même si elles sont subversives, ces photographies doivent capturer, pour fonctionner, une partie de l'aura originale. Sinon cela deviendrait une blague tout simplement.

Sylvie Parent (commissaire indépendante), Chuck Samuels, juin 1996.


*(Ce texte accompagne l'exposition Chuck Samuels, Before the Camera/Devant l'objectif présentée du 5 octobre au 24 novembre au ClAC-Centre intemational d'art contemporain de Montréal, dans le cadre de la 11e édition des Cent jours d'art contemporain de Montréal, 1er septembre - 24 novembre 1996. Nous remerçions Chuck Samuels, Sylvie Parent, Martha Hanna, directrice et Sue Lagasi, archiviste du Musée canadien de la photographie contemporaine, ainsi que tous les Associés du CIAC.

Les photographies présentées dans l'exposition Chuck Samuels: Devant l'objectif ne sont que quelques-unes des 158 000 oeuvres dans la collection du MCPC. Ces oeuvres sont exposées à travers le pays dans le cadre du programme des expositions itinérantes du MCPC, ainsi que dans ses salles d'expositions au 1 Canal Rideau à Ottawa. Assurez-vous d'être toujours au courant des activités variées et stimulantes du musée - adhérez au programme des Soutiens et des Abonné(e)s.)

 

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