Home

REFUS GLOBAL (1948)



Exposition en cours jusqu’au 9 janvier 2019
Entrée libre

Espace musée Québecor
du lundi au vendredi de 8h à 18h
612, rue Saint-Jacques, Montréal

 

 

À l'occasion du 70e anniversaire de la publication Refus globalQuébecor présentera une exposition d'oeuvres et d'artefacts des Automatistes dans son espace Musée. Ce projet, conçu en collaboration avec la galerie Simon Blais pour les oeuvres et Claude Gosselin pour les textes, a reçu la collaboration exceptionnelle de plusieurs artistes et collectionneurs acceptant de prêter des oeuvres de l'année 1948 et voisines.

 

Refus global est un manifeste artistique signé par les 16 membres du mouvement des Automatistes et lancé à la Librairie Tranquille le 9 août 1948.

 

L'essai principal est rédigé par Paul-Émile BORDUAS. Il est accompagné de textes de Bruno CORMIER, Claude GAUVREAU, Fernand LEDUC et Françoise SULLIVAN. Il est illustré notamment avec une oeuvre de Jean Paul RIOPELLE et des photos de Maurice PERRON, également éditeur du manifeste chez Mithra-Mythe.

 

Les signataires

Paul-Émile BORDUAS(1905-1960), Magdeleine ARBOUR (1923), Marcel BARBEAU (1925-2016), Bruno CORMIER (1919-1991), Marcelle FERRON-HAMELIN (1924-2001), Claude GAUVREAU (1925-1971), Pierre GAUVREAU (1922-2011), Muriel GUILBAULT (1922-1952), Fernand LEDUC (1916-2014), Jean-Paul MOUSSEAU (1927-1991), Maurice PERRON (1924-1999), Louise RENAUD (1922), Thérèse LEDUC née RENAUD (1927-2005), Françoise RIOPELLE née LESPÉRANCE (1927), Jean Paul RIOPELLE (1923-2002), Françoise SULLIVAN (1923).

 

Vernissage de l'exposition Refus global à l'Espace musée Québecor le 2 octobre 2018. Photo : Guy L'Heureux

 

UN MANIFESTE POUR LA CRÉATION, LA VIE, LA LIBERTÉ

Claude Gosselin

 

Entre 1941 et 1946, se forme librement à Montréal un groupe de jeunes artistes liés par leurs études ou leurs amitiés. Plusieurs sont étudiants et étudiantes à l’École des beaux-arts de Montréal ou à l’École du meuble de Montréal où enseigne Paul-Émile Borduas. Certains viennent d’institutions universitaires en lettre et en médecine alors que d’autres appartiennent au domaine de la danse et du théâtre.  En 1941, Pierre Gauvreau avait été invité à exposer avec les étudiants du Collège Sainte-Marie. Borduas qui devait y accorder un prix avait été profondément ému par une toile de Gauvreau où il a dit avoir découvert un peintre né. Invité par Borduas à visiter son atelier, Gauvreau y vient avec Louise Renaud, Fernand Leduc, Magdeleine Desroches et Françoise Sullivan. Impressionné par le discours de Borduas lors de cette soirée, ce petit groupe représente la prémisse de ce qui deviendra le mouvement automatiste au cours des années suivantes.

 

Des rencontres ont lieu sous l’égide de Borduas; les discussions s’enflamment sur le surréalisme en art, les écrits de Pierre Mabille et les conditions sociales et politiques au Québec. Déjà, Borduas avait reçu des visites d’étudiants du Collège Brébeuf à son atelier, et ceux-ci s’étaient intéressés à ses idées novatrices. Bruno Cormier, qui échangeait beaucoup avec Pierre Gauvreau depuis leur enfance, participant à une vie intellectuelle déjà bien avancée pour leur âge, se joint naturellement aux discussions. De même, Claude Gauvreau, le jeune frère de Pierre, s’enthousiasme pour les idées véhiculées lors de ces rencontres. Vers 1945, Borduas découvre Jean-Paul Mousseau au Collège Notre-Dame et décide de l’inviter, ainsi que quelques-uns de ses étudiants de l’École du meuble, dont Maurice Perron, Jean Paul Riopelle et Marcel Barbeau, à rencontrer ses jeunes amis. De nouvelles initiatives naîtront de ces rencontres qui attiraient aussi de jeunes intellectuelles intéressés aux visites d’atelier et discussions. Suivront des expositions organisées par les artistes eux-mêmes dans des lieux imprévus, comme le salon de Julienne Saint-Mars-Gauvreau ou de Muriel Guilbault, des spectacles de théâtre et de danse et des conférences où tous s’entraideront.

 

Le fait que la société soit encore dirigée par l’église et des forces politico-financières agace énormément. Il faut donc faire quelque chose : renverser les valeurs esthétiques conservatrices et proposer une nouvelle approche sociale et économique. Des lettres ouvertes sont envoyées dans les journaux pour manifester contre des mesures autoritaires du Gouvernement Duplessis. À ce moment, les activités des jeunes artistes du groupe ne cessent de s’intensifier. En réponse à cela, Borduas se met à l’écriture d’un texte dès 1947 qu’il soumettra à quelques artistes et amis pour recevoir leurs commentaires. Après quelques modifications, le texte, Refus global, est signé par 15 artistes et un psychiatre. Le manifeste est lancé le 9 août 1948, à la Librairie Tranquille, à Montréal.

 

À sa sortie, Refus global ne fait pas l’effet d’une bombe dans la société, malgré sa charge virulente contre l’autorité. La réponse la plus brutale, c’est Borduas qui la recevra en perdant son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal.

 

C’est seulement quelques années plus tard qu’on reconnaîtra Refus global comme un texte ayant inspiré le mouvement de changement sociétal unique qui nous a mené à la Révolution tranquille des années 1960.