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Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Claude Gosselin n’a peut-être plus l’énergie pour courir après les subventions et les commandites, mais il garde la conviction qu’il faut offrir aux artistes une «structure professionnelle intermédiaire entre le musée et la galerie».

Claude Gosselin, l’homme des Cent jours et des mille projets, est toujours là

 

Jérôme Delgado
Collaborateur
10 novembre 2018
Arts visuels

 

Un hiatus. C’est ainsi que Claude Gosselin résume ses dernières années et celles du Centre international d’art contemporain (CIAC), l’organisme qu’il dirige depuis des siècles.

 

L’ancien homme fort de la Biennale de Montréal se tenait en effet à l’écart depuis que le CIAC a cédé l’événement en 2013. On connaît la suite : après deux éditions post-Gosselin, la Biennale a plongé dans la mauvaise gouvernance et le fiasco financier. La voilà morte et enterrée.

 

Claude Gosselin, lui, est de retour. Cet automne, il a multiplié les projets, comme auteur de textes — l’expo Refus global : 70 ans, à l’Espace Québecor —, ou comme promoteur d’architecture organique — l’expo Javier Senosiain, à Espacio México. Et bien sûr comme commissaire et défricheur d’espaces inusités.

 

En plein coeur du Quartier des spectacles, à l’angle des rues Clark et de Maisonneuve, vient de pousser une autre tour. Si neuve, la tour, que le rez-de-chaussée demeure vacant. Claude Gosselin a sauté sur l’occasion pour y présenter deux petites expositions, autour des dessins du Montréalais François Morelli et des photos de l’Italien Andrea de Gennaro — expos cependant déjà démontées.

 

Il y en aura d’autres, mais pas avant le printemps. Le CIAC y établira ses quartiers généraux tant que le local restera vacant, tant qu’on le lui prêtera. Le nombre important de chantiers dans les environs fait croire à son directeur qu’il en a pour au moins deux ans.

 

« Ça me donne le temps de développer mes prochains projets. Celui qui vient de se terminer, on l’a fait vite, je n’avais pas l’argent pour faire la promotion », s’excuse l’expérimenté commissaire d’expos.

 

Pas revanchard


Claude Gosselin s’était jusqu’à ce jour abstenu de commenter l’effondrement de la Biennale de Montréal. Aujourd’hui, il admet sa tristesse. Il faut dire qu’en ajoutant les éditions des Cent jours d’art contemporain, l’événement ancêtre de la Biennale qui a fait la renommée de Gosselin, ce sont 26 ans d’efforts acharnés qui ont été balayés.

 

« On m’avait dit qu’on m’avait assez vu. On a sorti la Biennale du CIAC, on a réussi à n’en faire que deux, à la mettre en déficit… Je dis bravo », peste-t-il, ironique et amer.

 

« Ça m’agace, insiste-t-il, parce que mettre sur pied un événement comme celui-là n’a jamais été un cadeau. Il fallait ramasser un 1,2 million, à coups de 50 000 $ de subventions. »

 

Il assure cependant ne pas chercher à prendre sa revanche. Oui, il s’est manifesté en mai auprès des conseils de la culture (CALQ et CAM) pour reprendre la Biennale. L’absence de réponses lui a fait comprendre qu’il valait mieux passer à autre chose.

 

Le CIAC, sans son événement phare, survit. À 74 ans, Claude Gosselin n’a peut-être plus l’énergie pour courir après l’argent. Il garde toutefois la conviction qu’il faut offrir aux artistes une « structure professionnelle intermédiaire entre le musée et la galerie ». Le CIAC a été fondé en 1985 sur ce leitmotiv.

 

« J’ai toujours cette idée, mais je n’ai plus 20 ans, je n’ai plus le temps de pousser ça tous les jours. Je prends l’urgence », dit-il, déçu de ne pas avoir trouvé une jeune âme prête à prendre sa relève.

 

Papiers peints


Dans le local du Quartier des spectacles, l’urgence porte l’éternelle signature du CIAC : un lieu entre-deux, une occupation sans fioritures, un minimum de décorum…

 

« Exposer dans des lieux non finis, non muséographiés, fait ressortir l’oeuvre, estime Claude Gosselin. [L’oeil] ne se dirige pas vers la qualité du fini, les belles rampes en cuivre, l’éclairage. Il n’y a rien d’autre à regarder que l’oeuvre et l’espace. »

 

Ces expos coûtent quand même 25 000 $. Refusant désormais les aléas des subventions, Claude Gosselin se tourne uniquement vers le privé, ses contacts et les amis de ses amis. La communauté italienne est dans son giron et c’est avec l’appui de la firme Investissements Moncalieri qu’il a refait surface.

 

Un membre du conseil d’administration du CIAC a permis à Claude Gosselin de monter une autre expo, d’un tout autre acabit. Le futur Four Seasons, rue de la Montagne, l’a engagé comme conseiller artistique.

 

Son mandat : une sorte de Biennale par son montant (1 million), mais de nature permanente, qui s’étalera dans les quelque 150 chambres de l’hôtel. Il a sélectionné plus de 300 oeuvres (des éditions numériques, en fait), d’une vingtaine d’artistes.

 

Ce qui lui tient à coeur, cependant, c’est une série d’expositions sur des oeuvres en papier peint. Les dessins de Morelli, un corpus des années 1990 exposé pour la première fois ensemble, ont composé la première manifestation dans le local du centre-ville. « La liste d’artistes longue comme ça » que Gosselin a en tête lui permettra d’enchaîner dès le printemps.

 

Homme des Cent jours, homme aux mille projets. Qu’il mène en pèlerin, parfois. L’architecture organique et végétale de Javier Senosiain, il espérait l’intégrer à une expo de son cru sur le thème de « la folie architecturale », en 2017. Faute de fonds, la chose n’a pas eu lieu. Mais les pourparlers avec l’architecte mexicain étaient assez avancés pour qu’Espacio México, sur la rue Peel, récupère le projet. L’expo n’est pas signée Claude Gosselin, mais elle porte la trace de l’infatigable défricheur.

 

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